Archeowiki-archeologie-histoire-archeowiki.jpg


planet movie


Participer à l'enrichissement et à l'élaboration d'archéowiki, le wiki des passionnés d'archéologie et d'Histoire, en faisant une demande de création de compte par le biais de ce formulaire - Recommandez archeowiki.com

Le Coran Étude du « Coran des pierres

De archeowiki. Le wiki des passionnés d'archéologie et d'histoire
Aller à : Navigation, rechercher

Une autre piste suivie par les historiens-philologues est l'étude du « Coran des pierres », que sont les textes gravés dans la pierre (nommés ici: graffitis) dès les premiers temps de l'islam, antérieurs à l'an 150 de l'hégire. Frédéric Imbert, qui a longuement travaillé sur ces graffitis, en tire des hypothèses qui peuvent être résumées comme suit :

Sur les 85 extraits ou bribes du Coran qui ont été étudiés, 36% sont conformes à la lettre à la version de la vulgate, tandis que 64% ne sont pas identiques. Pour ceux qui sont conformes à la lettre, mais moins à l'esprit, Imbert explique : « Ces derniers formulent parfois des péricopes qui sont fort proches de versets mais totalement décontextualisés et sans rapport avec ce qu'ils sont dans le texte coranique. »107 Par ailleurs, « [Le nombre assez bas de versets coraniques sur les graffitis reflète] sans aucun doute la place de ce texte dans la toute première société arabo-musulmane : un Coran en cours d'élaboration, non encore arrêté dans sa forme définitive et relativement mal diffusé. »

Les différences entre le Coran des pierres et la Vulgate sont principalement catégorisées comme suit :

  • les amalgames coraniques ou raboutages : Il s'agit d'invocation originales où l'on retrouve un mélange de plusieurs bribes de versets de la vulgate, parfois suivies de formules de malédiction contre celui qui aura effacé ou changé l'inscription coranique tronqué, ce qui permet à l'historien d'affirmer : « La présence de ces formules très spécifiques à la suite de mentions coraniques nous rappelle qu'à la fin de l'époque omeyyade l'unanimité n'était sans doute pas encore faite autour d'une version unifiée et standardisée du texte. Les amalgames apparaissent alors plus que de simples reconstructions composites comme des versions potentielles non retenues de la version écrite du Coran. » ;
  • variantes évoquant Dieu : par exemple, un graffito daté du IIe siècle de l'hégire est identique à la Sourate 26, 88-89, sauf que la vulgate donne Allah au lieu de Rahman (Miséricordieux). Rahman jouit d'une « prééminence toute particulière en islam » ; premier des 99 noms de Dieu après Allah, il est le premier nom cité dans la formule de la basmala. L'auteur fait remarquer cette différence récurrente, tout comme la rareté ou l'absence en certaines régions de la basmala. Il relève qu'« avant l'avènement de l'islam, le nom al-Rahman était employé dans diverses régions d'Arabie pour désigner la divinité unique. » « En résumé, tout un réseau d'indices nous porte à croire que l'épigraphie pourrait révéler des traces de dénominations divines anciennes qui furent employées à côté ou en concurrence du nom Allah. La basmala, qui porte en elle cette singulière répétition de la racine rhm, serait une ancienne formule fossilisée et rappellerait qu'Allah et al-Rahman sont une seule et même divinité. » ;
  • les adaptations grammaticales : Ce sont des formulations très légèrement différentes du Coran afin de les adapter dans une succession d'invocations. Un exemple : En 112 de l'hégire, un long graffito débute par « Ô Dieu ! Pardonne à…[le lapicide] ses péchés passés et à venir et comble-le de ta grâce ! Dirige-le sur une voie droite ! » alors que le Coran porte (48;2) : « Afin que Dieu te pardonne tes péchés, passés et à venir, et te comble de Sa grâce et te dirige sur une voie droite. »

« Le changement de locuteur dans un verset […] pourrait être l'indice d'anciens raboutages datant de l'époque où le texte fut composé […]. Sur la pierre, […] l'allusion au succès du prophète est totalement gommée […] » L'auteur conclut ses recherches : « Autant d'éléments qui imposent de nous interroger sur la stabilité du texte avant le début de l'époque abbasside. Son élasticité est flagrante. [Le Coran des pierres] se voudrait plutôt le reflet d'un texte coranique en devenir, souple et non encore fixé, malléable […] » Imbert souligne le changement de perspective qu'induit ses recherches : on a longtemps pensé que le Coran aurait été à la source de champs textuels variés. « Aujourd'hui, dans le cas des graffiti, le contraire peut être envisageable : des formules et péricopes diffusément utilisées sur le Proche-Orient auraient fini par intégrer un texte coranique en cours de constitution. »

L'auteur précise pour la clarté que « [c]es variations n'entrent résolument pas dans le cadre des fameuses qirâ'ât (voir la question des qirâ'at plus haut dans l'article), divergences de lecture ou de récitation dont on sait qu'elles furent fixées vers la moitié du Xe siècle. »

Il déclarera plus tard qu'« il ne faut pas mêler tous ces extraits de Coran comme étant l'expression de divergences et différences notables du Coran »

Sources et auteur de cet article

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Navigation
Boîte à outils