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Pierre de Rosette

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La pierre de Rosette est décrite comme « une pierre de granite noir, portant trois inscriptions... trouvée à Rosette » dans un catalogue des artéfacts découverts par l'expédition française et cédés aux troupes britanniques en 1801. Quelque temps après son arrivée à Londres, les inscriptions sont frottées de craie blanche pour les rendre plus lisibles, le reste de la surface étant enduit de cire de carnauba afin de la protéger des doigts des visiteurs. Ceci donne une couleur noire à la pierre, ce qui a conduit à l'identifier — à tort — à du basalte3. Ces ajouts sont retirés en 1899, ce qui révèle la teinte gris sombre originelle de la roche, l'éclat de sa structure cristalline et les veines roses traversant le coin supérieur droit. La pierre de Rosette montre une forte ressemblance avec des échantillons de granodiorite issus d'une carrière de Gebel Tingar, sur la rive gauche du Nil, à l'ouest d'Éléphantine, dans la région d'Assouan qui font partie de la collection Klemm : le veinage rose est typique de la granodiorite de cette région. La pierre de Rosette mesure 114,4 cm de haut, est large de 72,3 cm et épaisse de 27,9 cm. Elle pèse environ 760 kg. Elle porte trois inscriptions. En haut, des hiéroglyphes égyptiens, au centre, un texte en écriture démotique et en bas du grec ancien. La face avant est polie et les inscriptions sont légèrement incisées. Les côtés de la pierre sont lissés et l'arrière n'est que grossièrement travaillé, probablement car il n'était pas destiné à être visible

La pierre de Rosette

La pierre de Rosette est un fragment de stèle. Aucun autre fragment de cette stèle n'a été découvert au cours des fouilles menées sur le site de Rosette. Aucun des trois textes n'est complet. Celui du haut est le plus endommagé : seules les quatorze dernières lignes sont visibles, toutes interrompues sur la droite et douze d'entre elles sur la gauche. Le texte central en démotique est le mieux conservé : il est constitué de trente-deux lignes, dont les quatorze premières sont légèrement endommagées sur le côté droit. Le dernier texte en grec contient cinquante-quatre lignes, les vingt-sept premières étant complètes. Les autres sont de plus en plus fragmentaires à cause d'une cassure en diagonale dans le coin inférieur droit de la pierre
Il est possible d'estimer la longueur totale du texte et les dimensions originelles de la stèle par comparaison avec des stèles analogues, y compris des copies, qui ont été conservées. Le décret de Canope, légèrement plus ancien, édicté en 238 avant notre ère sous le règne de Ptolémée III, est haut de 219 cm, large de 82 cm et contient trente-six lignes de texte en hiéroglyphe, soixante-treize en démotique et soixante-quatorze en grec

La Révolution française éclate en 1789, inspirée par la philosophie des Lumières. La monarchie est renversée, les anciennes institutions sont bouleversées, de nouvelles sont créées (dont l'École polytechnique en 1794), le roi Louis XVI exécuté. Les puissances européennes, qui sont des monarchies, se liguent contre la nouvelle République proclamée en 1792. Cette Première Coalition est vaincue après la Campagne d'Italie menée par le général Bonaparte, en 1797. Mais le Royaume-Uni ne signe pas de traité de paix avec la France. Plutôt que d'affronter directement les Anglais, les Français décident d'attaquer les lignes commerciales anglaises : en mai 1798, commence la Campagne d'Égypte. L'armée française, menée par Bonaparte, envahit l'Égypte. Elle est accompagnée d'une commission des Sciences et des Arts, un corps de 167 « savants » (ingénieurs, scientifiques) destiné à étudier la brillante civilisation égyptienne
Le 1er août 1798, la flotte anglaise détruit son homologue française à Aboukir, les Français sont contraints de se déployer à l'intérieur des terres
En 1799, l'armée ottomane, alliée de l'Angleterre, débarque à Aboukir. Rosette est une ville qui se trouve à l'extrême est de la baie d'Aboukir, sur le Nil à quelques kilomètres de la mer Méditerranée. Entre Rosette et la mer se trouve un fort en ruines du xve siècle qui permet de contrôler le Nil. Les troupes françaises, sous le commandement du colonel d'Hautpoul, renforcent en urgence les défenses de ce Fort Julien. Pendant les travaux, le lieutenant Pierre-François-Xavier Bouchard, polytechnicien et membre de la Commission des Sciences et des Arts, remarque une dalle comportant des inscriptions. Les Français peuvent lire la dernière phrase du texte grec et comprennent immédiatement que la stèle peut être importante pour la science. La découverte est annoncée à l'Institut d'Égypte récemment fondé au Caire, dans un courrier rédigé par Michel Ange Lancret, lui aussi jeune polytechnicien, membre de cet institut. Le rapport de Lancret est lu lors de la trente et unième réunion de l'Institut, le 29 juillet, soit quatre jours après que Bonaparte a vaincu les Ottomans à Aboukir. Pendant ce temps, Bouchard est missionné pour conduire la pierre au Caire, où il arrive vers le milieu du mois d'août et où la pierre jouit immédiatement d'un grand succès auprès des savants français
La découverte est signalée dans le numéro 37, daté du 15 septembre 1799, du Courrier de l'Égypte, journal officiel de l'expédition française. Le journaliste anonyme qui rédige l'article décrit la stèle, raconte sommairement sa découverte, donne un résumé succinct de son texte et écrit : « Cette pièce offre un grand intérêt pour l'étude des caractères hiéroglyphiques, peut-être même en donnera-t-elle enfin la clef. » Une étude plus poussée est publiée par l'orientaliste et directeur de l'Imprimerie du Caire Jean-Joseph Marcel dans La Décade égyptienne, revue de l'Institut d'Égypte, en 1800. Il précise que l'écriture centrale « qui avait d'abord été annoncée comme syriaque, puis comme copte, est composée de [...] caractères cursifs de l'ancienne langue égyptienne ». Il analyse le contexte de parution de la stèle, mais commet une erreur sur la date du décret et le nom du pharaon
Il est rapidement décidé de procéder à des reproductions de la pierre. Le dessin s'avère insuffisamment précis pour une étude scientifique. Jean-Joseph Marcel invente l'autographie, qui consiste à enduire la pierre d'encre et l'appliquer sur du papier, en faisant en sorte que l'encre ne pénètre pas les caractères gravés, qui apparaissent ainsi en blanc sur fond noir et à l'envers sur le papier. Il tire des épreuves dès le 24 janvier 1800. Nicolas-Jacques Conté utilise une méthode inverse, la chalcographie, par laquelle ce sont les creux qui retiennent l'encre. Le texte imprimé apparait donc en noir, sur fond blanc, toujours à l'envers. Alire Raffeneau-Delile, lui, prend l'empreinte de la pierre par moulage. Le général Dugua ramène ces reproductions à Paris au printemps 1800
Entre-temps, Bonaparte a quitté l'Égypte, un traité de paix est signé par son successeur, Kléber, en janvier 1800. Les savants français partent pour Alexandrie, d'où ils doivent embarquer pour la France avec nombre de leurs découvertes, dont la pierre de Rosette. Ils sont dans un premier temps ralentis par une épidémie de peste, puis embarquent pour la France. Mais, avant que leur navire soit prêt à appareiller, les hostilités reprennent et, le 27 avril 1800, après avoir attendu à bord pendant un mois, ils reviennent à terre. Kléber est assassiné le 14 juin, c'est Menou qui lui succède. Après des défaites, il est contraint de capituler à Alexandrie, où il s'est retiré avec ses troupes, le 26 août 1801. Un traité d'armistice est rédigé, mais l'article concernant les antiquités égyptiennes est refusé par le général anglais John Hely-Hutchinson, 2nd Earl of Donoughmore, car il stipulait « les individus constituant l'Institut d'Égypte et la Commission des arts emporteront avec eux les papiers, plans, mémoires, collections d'histoire naturelle, et tous les monuments d'art et d'antiquité recueillis par eux ». S'ensuit une querelle épistolaire entre Menou et Hely-Hutchinson, soutenus chacun par leurs savants, pour la possession des objets recueillis par l'expédition française. Le ton monte, la pierre de Rosette étant l'objet principal des convoitises des deux camps. Les Français vont jusqu'à menacer de brûler ou de jeter à la mer les trésors qu'ils ont amassés. Un accord finit par être trouvé : les savants français peuvent conserver leurs notes et échantillons, mais les dix-sept objets les plus importants, dont la pierre de Rosette, deviennent possession de la Couronne britannique

Le texte grec de la pierre de Rosette fournit un point de départ pour le déchiffrement des hiéroglyphes. Le grec ancien est bien connu des savants du xixe siècle, mais les détails de son utilisation en tant que langage de gouvernement durant la période hellénistique ne l'est pas. Ainsi, les premiers traducteurs du texte grec de la pierre se heurtent à des difficultés liées au contexte historique et au jargon administratif qu'elle contient
Dès 1800, Gabriel de La Porte du Theil, membre de l'Institut national, est chargé de la traduction à partir des copies amenées à Paris par le général Dugua. Il doit abandonner son travail et est remplacé par Hubert-Pascal Ameilhon, qui présente son étude à l'Institut le 6 janvier 1801. Il préfère attendre que la pierre arrive en France avant de publier ses résultats, afin de pouvoir les confronter à l'original, car il remarque des différences de graphie entre les copies. Après la défaite française, il se résout à publier des Éclaircissements sur l'inscription grecque du monument trouvé à Rosette, qui contiennent le texte grec (avec des avertissements, car il a des doutes sur plusieurs lettres), une traduction « très littérale » en latin et une autre, « moins servile » (suivant ses propres mots) en français. Il faut attendre 1841 pour que Jean-Antoine Letronne publie une autre version française corrigeant les erreurs d'Ameilhon
Entre-temps, le révérend Weston a présenté oralement une version anglaise du texte grec à la Society of Antiquaries, le 4 novembre 1802. Peu après Christian Gottlob Heyne envoie une traduction en latin, assortie de remarques en français, à la Society. Les membres de la Society, au premier rang desquels Richard Porson, tentent de reconstituer la partie manquante. Plusieurs autres traductions en anglais paraissent, une autre en latin (1816), puis en allemand (1822) et en italien (1833)
Sources et auteur de cet article

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